Road trip USA en camping-car : la boucle de l'Ouest depuis Los Angeles
Cinq heures du matin au campground Watchman. Le ciel passe du noir au bleu de gentiane au-dessus des parois de Zion, et rien ne bouge encore que la Virgin River et le déclic d'une cafetière. On pousse la porte du camping-car, pieds nus sur la dalle fraîche, et l'on a pour horizon une muraille de grès de six cents mètres qui rosit à mesure que le jour monte. La veille au soir, on a garé la maison ici, branché l'électricité, sorti deux chaises. Ce matin, on n'a rien à faire d'autre que regarder le mur s'allumer.
Ce voyage, c'est cette scène répétée quinze matins de suite, chaque fois dans un décor différent : les yuccas hérissés de Joshua Tree, le rouge sourd du Mojave, l'amphithéâtre de Bryce à l'aube, l'eau turquoise du lac Powell posée en plein désert, et le vide immense du Grand Canyon pour apogée. On part de Los Angeles, on prend le camping-car en main sur des routes faciles, on gagne de l'altitude et du silence à chaque étape, on touche le fond du canyon le plus célèbre du monde, puis on redescend en douceur par la Route 66. Quinze jours, une boucle, une maison sur roues : le désert de l'Ouest américain se visite très bien la clé de contact dans une main et le tuyau d'eau dans l'autre.
Fond © OpenStreetMap · © CARTO - 1. Los Angeles, prise du camping-car
- 2. Joshua Tree, camp sous les yuccas
- 3. Las Vegas
- 4. Zion, campground Watchman
- 5. Bryce Canyon
- 6. Kanab
- 7. Page, campground de Wahweap
- 8. Grand Canyon, Trailer Village
- 9. Williams et la Route 66
- 10. Barstow et Calico, la route du retour
1 étape parc national du circuit détour
Le sens de la boucle, et combien de temps
C'est la première décision, et elle n'est pas neutre. On tourne dans le sens des aiguilles d'une montre : Los Angeles, Joshua Tree, le Mojave, Las Vegas, Zion, Bryce, Page, le Grand Canyon, puis le retour par la Route 66. Ce sens a une logique de récit et une logique de terrain.
Côté récit, il fait grimper l'intensité. On apprivoise l'engin sur les routes larges du désert avant d'attaquer les parcs, on enchaîne Zion et Bryce au cœur du voyage, on garde le Grand Canyon pour le climax, et l'on finit par une longue descente nostalgique sur le bitume de la Route 66. Prendre la boucle à l'envers reviendrait à placer le Grand Canyon le deuxième jour, puis à terminer dans les bouchons de Las Vegas et de Los Angeles : la dramaturgie s'effondre. Côté terrain, ce sens fait monter l'altitude par paliers, de Joshua Tree presque au niveau de la mer jusqu'aux 2 400 mètres de Bryce, avant de redescendre. On s'acclimate sans à-coup.
Sur la durée, tablez sur quinze jours pleins. C'est le bon tempo en camping-car : on roule moins qu'en voiture, on monte et démonte le camp chaque fois, on lève le pied. Le piège du débutant, c'est de compter en kilomètres. En RV, on compte en étapes, et l'on s'offre deux nuits au même endroit dès qu'un parc le mérite, pour ne pas passer ses vacances à brancher et débrancher.
Los Angeles, la prise du camping-car
Tout commence dans un parking d'agence de la banlieue de Los Angeles, souvent du côté de la vallée de San Fernando. On y récupère un véhicule plus grand que tout ce qu'on a conduit jusque-là, et la première heure sert à faire connaissance : la caméra de recul, la hauteur sous les ponts, la largeur dans les files, le grondement du moteur qui peine dans les côtes. On ne part pas sans avoir fait le tour du propriétaire avec l'agent : réservoirs, vannes, bombonne de propane, groupe électrogène.
Le premier geste utile, c'est le premier plein d'eau. On remplit le réservoir d'eau propre, on vérifie que les eaux grises et noires sont bien vidées, on charge le frigo dans un supermarché de sortie de ville, et l'on quitte Los Angeles sans s'y attarder. La ville n'est pas le sujet du voyage : elle en est la porte. Deux à trois heures de route vers l'est, et les banlieues laissent place aux premiers cactus.
Joshua Tree, première nuit sous les yuccas
Deux heures et demie à trois heures après Los Angeles, la route grimpe doucement et débouche sur un plateau hérissé : Joshua Tree, où le désert des Mojaves rencontre celui du Colorado. Les arbres de Josué, ces yuccas géants aux bras tordus, poussent entre des blocs de granit arrondis comme des galets de géant. On plante le camp à Jumbo Rocks, au milieu des rochers, sans électricité ni eau sur place : c'est la première vraie nuit d'autonomie, celle qui apprend à gérer ses réservoirs et sa batterie.
La récompense arrive à la tombée du jour. La lumière rase allonge l'ombre des yuccas, la roche vire à l'orange, puis le ciel se couvre d'étoiles comme peu d'endroits savent le faire : Joshua Tree est un parc réputé pour ses nuits noires. On dîne dehors, la lampe frontale sur le front, et l'on comprend d'un coup pourquoi on a loué cette maison à roulettes.
La traversée du Mojave et Las Vegas
On quitte Joshua Tree vers le nord et l'on entre dans le grand vide du Mojave. Pendant des heures, la route file droit entre des étendues de créosote, des dunes lointaines et des montagnes pelées qui tremblent dans la chaleur. C'est une étape de transition, et c'est aussi le moment où le camping-car montre son caractère : on roule à allure tranquille, la clim tire sur le moteur, on surveille la jauge de carburant comme le lait sur le feu. Faites le plein dès qu'une station se présente, les distances entre pompes se comptent ici en dizaines de kilomètres.
Puis, au bout du désert, une ligne de tours surgit de nulle part : Las Vegas. Après deux nuits d'autonomie, la ville tombe à pic pour les choses prosaïques. On trouve un RV park en périphérie avec tous les branchements, on vide les eaux usées à une dump station, on refait l'eau propre, on lance une machine, on recharge tout. Une soirée sur le Strip pour le contraste, un bon burger, et l'on repart au matin vers le pays des canyons, la maison remise à neuf.
Zion et Bryce, les campgrounds mythiques
De Las Vegas, deux heures quarante-cinq de montée régulière mènent à Springdale, aux portes de Zion. On vise le campground Watchman, à l'intérieur du parc, au bord de la Virgin River et au pied de la tour de grès qui lui donne son nom. C'est l'un des campings les plus recherchés de l'Ouest, et l'un des mieux placés : de son emplacement, on rejoint à pied la navette gratuite qui remonte le canyon. Bonne nouvelle pour les gabarits : la route panoramique de Zion est fermée aux voitures en haute saison, tout le monde prend la navette, et le camping-car reste tranquillement branché au camp pendant qu'on part randonner.
Un point mérite d'être dit clairement, car il piège les conducteurs de RV : la route qui relie Zion à l'est, la Zion-Mount Carmel Highway, passe par un tunnel étroit creusé en 1930. Au-delà d'un certain gabarit, environ 2,4 mètres de large ou 3,5 mètres de haut, le tunnel impose une escorte : les rangers bloquent la circulation en sens inverse pour que le véhicule roule au milieu, contre un permis payant à acquitter à l'entrée. La plupart des camping-cars de location dépassent ces cotes. Ce n'est pas un obstacle, c'est une formalité à connaître et à budgéter, et l'horaire d'ouverture de l'escorte se vérifie avant de s'engager.
De Zion, une heure et demie à deux heures grimpent encore jusqu'à Bryce Canyon, perché à 2 400 mètres. Ici, la forêt de pins remplace le désert, les nuits sont fraîches même en été, et l'on plante le camp à Sunset ou North Campground, sous les arbres, à quelques minutes à pied du rebord. Le spectacle vaut le réveil matinal : au lever du soleil, l'amphithéâtre se remplit de milliers de hoodoos, ces cheminées de fées orange que la première lumière embrase une à une. On revient au camp pour le petit-déjeuner, transi et ravi.
Kanab, Page et le lac Powell
On redescend de Bryce vers le sud, on traverse Kanab, petite ville de cinéma coincée entre l'Utah et l'Arizona, bonne halte pour refaire les courses et le carburant. Puis la route rejoint Page et le lac Powell, et le décor bascule : au milieu de ce désert rouge, une nappe d'eau turquoise s'étire entre les canyons noyés du fleuve Colorado. On plante le camp au campground de Wahweap, sur les hauteurs de la marina, avec vue sur l'eau.
C'est l'étape détente du voyage. On se baigne dans une eau étonnamment douce, on loue éventuellement un bateau pour aller voir Antelope Canyon par l'eau ou l'immense Rainbow Bridge, et l'on profite de la vie au bord du lac : douche chaude, terrasse, coucher de soleil sur les falaises rouges. Après les altitudes de Bryce, la chaleur du bas désert fait du bien. On recharge les batteries, au sens propre comme au figuré, avant le clou du spectacle.
Le Grand Canyon et le retour par la Route 66
De Page, deux heures et demie de route mènent enfin à la rive sud du Grand Canyon, et à Trailer Village, le seul campground du parc à offrir des branchements complets pour camping-cars. On se gare, on branche, et l'on marche cinq minutes jusqu'au rebord. Là, sans transition, le sol s'ouvre sur un gouffre de dix-huit kilomètres de large et de plus de mille mètres de fond, strié de couches rouges, ocre et grises que le Colorado a mis des millions d'années à trancher. Aucune photo ne prépare à ce premier regard. C'est le climax du voyage, et il tient ses promesses.
On passe la fin de journée à suivre le rebord au fil de la navette gratuite, d'un belvédère à l'autre, jusqu'à ce que le couchant enflamme les parois. Puis vient le dernier acte. On quitte le canyon vers le sud, on rejoint Williams, petite ville qui a fait de la Route 66 son fonds de commerce, néons, dîners chromés et enseignes vintage. On enchaîne vers l'ouest sur des tronçons de la vieille route, on marque l'arrêt à Barstow et à la ville fantôme de Calico, ancien camp minier d'argent rendu à la poussière. Une dernière soirée au coin du feu, sous les étoiles du désert, et la boucle se referme le lendemain sur Los Angeles. On rend la maison à roulettes avec du sable dans les chaussures et l'envie déjà de repartir.
Louer le bon gabarit
Le choix du véhicule commande tout le reste du voyage, et il se joue avant le départ. Deux grandes familles s'affrontent. Le van aménagé, compact, se conduit comme une grosse voiture, se gare partout et passe le tunnel de Zion sans escorte, mais il loge deux personnes à l'étroit et manque d'autonomie. Le camping-car de classe C, dont le fameux gabarit C25 mesure environ 7,60 mètres, offre un vrai lit au-dessus de la cabine, une douche, une cuisine et de quoi vivre à quatre : c'est le choix des familles, au prix d'une conduite plus encombrante et du fameux passage escorté à Zion.
Côté paperasse, bonne surprise : aux États-Unis, un permis de conduire ordinaire suffit pour ces gabarits, pas besoin de permis spécial. Le loueur bloque en revanche une caution conséquente sur la carte de crédit, à récupérer au retour si tout est en ordre. Lisez bien les lignes qui coûtent cher : le kilométrage est parfois plafonné et facturé au-delà, les heures de groupe électrogène sont comptées séparément, et le kit de cuisine ou de literie s'ajoute souvent en option.
La check-list RV
Vivre en camping-car, c'est gérer trois fluides et une réserve d'énergie, sans jargon compliqué une fois qu'on a compris le principe. L'eau d'abord : un réservoir d'eau propre qu'on remplit aux campings et aux stations, un réservoir d'eaux grises pour l'évier et la douche, un réservoir d'eaux noires pour les toilettes. Les deux derniers se vident aux dump stations, présentes dans la plupart des campings et sur beaucoup d'aires : on branche le tuyau, on ouvre les vannes dans le bon ordre, gants aux mains, et c'est réglé en dix minutes.
L'énergie ensuite. Sur un emplacement avec hookup, on branche le câble électrique et tout fonctionne comme à la maison. Sans branchement, on vit sur la batterie pour l'éclairage et la pompe, sur la bombonne de propane pour le frigo, le chauffe-eau et les plaques, et l'on démarre le groupe électrogène pour la clim ou une grosse recharge. Deux règles d'or : on surveille son niveau de propane, et l'on respecte les quiet hours, ces heures de silence, souvent de 22 h à 6 h ou de 20 h à 8 h, pendant lesquelles la génératrice doit se taire. Le voisin de camp qui dort vous en remerciera.
Réserver ses campgrounds
C'est le nerf de la guerre d'un road trip en camping-car dans l'Ouest : les meilleurs emplacements partent des mois à l'avance. Les campings des parcs nationaux se réservent sur le site officiel recreation.gov, selon une fenêtre glissante qui ouvre en général six mois avant la date, soit environ cent quatre-vingts jours. Concrètement, on pose une date de passage, on met une alarme au jour d'ouverture des réservations, et l'on clique dès l'ouverture pour les campings vedettes.
Trois campings sont à bloquer en priorité, car ce sont les plus demandés et les mieux placés : Watchman au cœur de Zion, Sunset à Bryce sur le rebord de l'amphithéâtre, et Trailer Village au Grand Canyon, le seul du parc avec branchements complets. Le campground de Wahweap, au lac Powell, se réserve à part, auprès du concessionnaire du lac. Si tout est complet, les plans B existent et sont légaux : les vastes terres publiques du BLM autour de Kanab et de Page autorisent le camping dispersé, gratuit et souvent superbe, à condition de respecter les règles d'accès et de ne laisser aucune trace.
Budget : camping-car ou voiture et motels
La question revient toujours : le camping-car coûte-t-il plus cher qu'une voiture doublée de motels ? La réponse honnête est : cela dépend du nombre de voyageurs. Le camping-car cumule trois postes en un, le transport, le logement et la cuisine, ce qui gomme les nuits d'hôtel et les restaurants. Mais il consomme beaucoup de carburant, se loue plus cher qu'une berline, et ajoute les frais de camping, de génératrice et de vidange. À deux, l'équation penche souvent vers la voiture et les motels, surtout hors saison où les chambres sont bon marché. À quatre ou en famille, le camping-car reprend l'avantage : une seule facture pour dormir et manger, et des enfants ravis de vivre l'aventure.
Au-delà des chiffres, le camping-car achète autre chose : la liberté de dormir au pied des falaises de Zion ou sur le rebord du Grand Canyon, là où aucun motel n'existe. C'est le vrai luxe de cette formule, et il ne se compte pas en dollars. Nous donnons des ordres de grandeur plutôt que des tarifs, car les prix de location et de carburant bougent vite : bâtissez votre budget sur des devis récents, en additionnant location, carburant, campings et suppléments, puis comparez au scénario voiture plus motels pour votre configuration.
Quand partir
La boucle traverse des déserts et grimpe à 2 400 mètres : la saison commande le confort autant que la sécurité. Le printemps, d'avril à début juin, et l'automne, de septembre à octobre, forment la fenêtre idéale : journées chaudes mais supportables, nuits fraîches en altitude, campings ouverts et affluence raisonnable. C'est notre période préférée pour ce circuit.
L'été, de juin à août, cuit le bas désert. Joshua Tree, le Mojave et le lac Powell dépassent régulièrement les 40 degrés en journée : la clim du camping-car devient vitale, et la génératrice tourne. Zion et le Grand Canyon restent supportables, Bryce reste frais grâce à l'altitude, mais on vit tôt le matin et tard le soir. L'hiver, à l'inverse, ferme une partie du jeu : Bryce se couvre de neige, les nuits gèlent, certains campings d'altitude et services saisonniers baissent le rideau. La boucle reste possible en la recentrant sur le bas désert, mais elle perd Bryce sous la neige.
Les parcs nationaux de ce road trip
Les variantes du circuit
Version trois semaines, par Monument Valley et Moab. Vous avez une semaine de plus ? Depuis Page, poussez vers l'est jusqu'aux buttes mythiques de Monument Valley, puis remontez sur Moab et ses deux parcs voisins, Arches et Canyonlands, avant de refermer la boucle par le Grand Canyon. On ajoute les plus beaux paysages de l'Utah au menu, sans jamais rebrousser chemin. C'est la version longue et royale de cette boucle en camping-car.
Version courte, sans Bryce. Si le temps manque ou si l'hiver a fermé les hauteurs, on peut resserrer sur Los Angeles, Joshua Tree, Zion, Page et le Grand Canyon, en gardant le circuit dans le bas désert. On perd l'amphithéâtre de Bryce, mais on tient un beau voyage de dix jours, plus doux côté altitude.
Questions fréquentes
Faut-il un permis spécial pour conduire un camping-car aux États-Unis ?
Non. Un permis de conduire ordinaire suffit pour les gabarits de location courants, van ou classe C. Le loueur bloque en revanche une caution sur votre carte de crédit, restituée au retour si le véhicule est rendu en bon état.
Le camping-car passe-t-il partout dans les parcs ?
Presque partout, à une exception connue : le tunnel de la Zion-Mount Carmel Highway impose une escorte payante aux gabarits dépassant environ 2,4 mètres de large ou 3,5 mètres de haut, ce qui concerne la plupart des classe C. Ailleurs, prévoyez des temps de route rallongés et l'usage des parkings visiteurs et des navettes, conçus pour les grands véhicules.
Quand réserver les campgrounds du circuit ?
Le plus tôt possible. Les campings des parcs nationaux ouvrent leurs réservations environ six mois avant la date sur recreation.gov. Bloquez en priorité Watchman à Zion, Sunset à Bryce et Trailer Village au Grand Canyon, les trois plus convoités.
Camping-car ou voiture avec motels, qu'est-ce qui revient le moins cher ?
Cela dépend du nombre de voyageurs. À deux, la voiture doublée de motels est souvent plus économique, surtout hors saison. À quatre ou en famille, le camping-car reprend l'avantage en cumulant transport, logement et cuisine dans une seule facture, avec en prime des nuits au pied des parcs.
Quelle est la meilleure saison pour cette boucle ?
Le printemps et l'automne. D'avril à début juin et de septembre à octobre, les journées sont chaudes sans excès, les nuits d'altitude fraîches et les campings ouverts. L'été cuit le bas désert au-delà de 40 degrés, l'hiver enneige Bryce et ferme une partie des services.