Road trip à Hawaii : Big Island, les volcans et l'escale à Maui
Il est vingt heures sur le rebord du cratère de l'Halemaʻumaʻu, et le sol respire. Sous la plateforme, la caldeira du Kilauea rougeoie dans le noir, une lueur orange qui palpite au fond du gouffre et éclaire par en dessous le panache de vapeur. Deux jours plus tôt, à quatre-vingts kilomètres de là, des tortues vertes dormaient sur un sable aussi noir que de la suie, à Punalu'u, le ressac tiède léchant leur carapace. Et dans quelques jours, sur une autre île, on grelottera à trois mille mètres au-dessus des nuages, à attendre que le soleil se lève sur un cratère lunaire assez vaste pour avaler Manhattan. Trois images, un même archipel, et pas une once de retouche.
Ce road trip relie ces trois moments. Il commence côté sec, à Kailua-Kona, fait le tour complet de Big Island dans le sens des aiguilles d'une montre, traverse la côte humide et le parc des volcans, puis boucle sur la côte de Kona. Là, on rend la voiture, on prend un avion de quarante minutes, et le voyage repart pour un second mouvement à Maui, plus court, qui monte vers son dernier sommet : le lever du jour sur le Haleakala. Deux îles, un vol, une boucle et une coda. On ne fait pas Hawaii en une ligne droite, on la fait en deux respirations.
Fond © OpenStreetMap · © CARTO - 1. Kailua-Kona
- 2. Waimea et la côte de Kohala
- 3. Hilo et la côte de Hamakua
- 4. Volcano et le Kilauea
- 5. Punalu'u, la plage de sable noir
- 6. Captain Cook et la baie de Kealakekua
- 7. Maui : Kahului
- 8. La route de Hana
- ↳ détour vers Haleakala
1 étape parc national du circuit détour
Dans quel sens rouler, et pour combien de temps
Big Island est une île ronde ceinturée d'une seule grande route, la Hawaii Belt Road. On peut donc en faire le tour dans un sens ou dans l'autre, et le débat n'est pas qu'esthétique. Nous partons de Kailua-Kona, sur la côte ouest, et nous tournons vers le nord : c'est là qu'atterrissent la plupart des vols, c'est le versant sec, et c'est la bonne porte pour caler son horloge interne avant d'attaquer.
Ce sens a une logique de récit. On commence au sec et au calme, on remonte vers les ranchs du nord, on bascule sur la côte humide et ses cascades, puis on arrive au parc des volcans à mi-parcours : le premier sommet du voyage. On redescend ensuite par le sud sauvage et l'on referme la boucle sur la côte de Kona, apaisés, prêts à changer d'île. Rouler à l'envers marcherait aussi, mais placerait les volcans trop tôt et finirait Big Island sur les ranchs plutôt que sur la mer. Nous préférons garder l'intensité pour le milieu, et réserver le vrai climax à Maui.
Sur la durée, comptez dix à douze jours. Sept à huit pour le tour de Big Island sans courir, trois à quatre pour l'escale à Maui. L'erreur du débutant, ici, c'est de croire l'île petite parce qu'elle tient sur une carte : Big Island est plus grande que tous les autres archipels réunis, et une traversée d'ouest en est prend deux bonnes heures de route de montagne.
Une île, deux mondes
Voici la clé de tout le séjour, et elle tient en une phrase : Big Island est coupée en deux. À l'ouest, la côte de Kona vit sous le vent, à l'abri des deux géants Mauna Loa et Mauna Kea. Le ciel y est bleu, les plages dorées, le café pousse sur les pentes et les couchers de soleil sont une religion locale. À l'est, la côte de Hilo prend de plein fouet les alizés chargés d'humidité : Hilo compte parmi les villes les plus arrosées des États-Unis, la forêt y déborde, les cascades tombent partout, et il pleut souvent l'après-midi. Un même diamètre d'île, deux climats qui n'ont rien à voir.
Cette coupure décide de vos nuits. La tentation du débutant est de changer d'hôtel à chaque étape ; sur Big Island, c'est six déménagements pour rien. Posez plutôt deux camps de base. Un côté Kona pour le début et la fin de la boucle, au sec, les pieds près de l'eau. Un côté Hilo ou Volcano pour le cœur du voyage, la côte humide et le parc des volcans. Deux valises défaites, tout le reste en excursions à la journée : on roule plus léger, et l'on profite vraiment.
Kailua-Kona, l'arrivée côté sec
On récupère la voiture à l'aéroport de Kona et l'on rejoint Kailua-Kona en quelques minutes. C'est une petite ville balnéaire sans prétention, étirée le long d'Aliʻi Drive, avec ses églises de missionnaires, ses boutiques de plongée et ses terrasses face au couchant. La première soirée est faite pour ça : un poisson grillé, un jus de fruits local, et le soleil qui tombe droit dans le Pacifique pendant que le décalage horaire vous rattrape.
Le lendemain, on prend le pouls de la côte sans forcer. Les pentes au-dessus de la ville forment la ceinture du café Kona, l'un des rares cafés cultivés sur sol américain : les fermes se visitent, et la dégustation vaut mieux qu'un long discours. Plus au sud, les plages de sable clair s'égrènent, souvent nichées au bout d'un chemin de lave noire qui surprend la première fois. On ne s'attarde pas trop : le gros du récit est ailleurs, et cette étape sert surtout à respirer avant de tourner le volant vers le nord.
Le nord : Waimea, Kohala et la vallée de Waipio
En montant vers le nord, le paysage change à vue d'œil. La lave cède la place à l'herbe, la chaleur tombe, et l'on débouche sur de vastes prairies d'altitude où paissent des troupeaux. Bienvenue à Waimea, capitale des paniolo, les cowboys hawaïens, et siège de l'un des plus grands ranchs du pays. On roule fenêtre ouverte dans un air frais qui sent l'herbe mouillée, à mille lieues des clichés de carte postale tropicale.
La récompense de cette étape attend au bout de la route, au nord de la péninsule de Kohala. Là s'ouvre d'un coup la vallée de Waipio, la vallée des Rois : un amphithéâtre de falaises vertigineuses tapissées de vert, avec une plage de sable noir tout au fond et des cascades qui rayent les parois. Le belvédère est le bon poste d'observation : la route qui descend au fond est l'une des plus raides des États-Unis, souvent réservée aux riverains, et l'à-pic se contemple très bien d'en haut. On reste un moment, sans bruit, à mesurer l'échelle.
Hilo et la côte humide : Akaka Falls et la route de Hamakua
On bascule sur l'autre versant, et le monde vire au vert. La route de Hamakua longe l'ancienne côte à sucre, entaillée de ravins profonds où l'eau dévale entre les fougères arborescentes. Le détour vers Akaka Falls s'impose : une courte boucle en forêt mène au pied d'une chute qui tombe d'un seul jet de cent trente-cinq mètres dans un cirque de verdure ruisselante. L'air est saturé d'eau, tout goutte, et l'on comprend en dix minutes pourquoi ce côté de l'île porte la forêt.
Au bout de la côte, Hilo est une vraie ville, la plus grande de l'île, avec ses façades de bois du début du siècle, son marché et sa baie en fer à cheval. C'est une base commode et sans chichis pour le cœur du voyage. Le ciel y est souvent chargé, mais la pluie tropicale a ceci de commode qu'elle passe vite : on attend un grain sous un auvent, on repart un quart d'heure plus tard. Pour qui veut comprendre les volcans, le musée du Pacifique consacré aux tsunamis raconte, lui, la face sombre de vivre au bord de forces pareilles.
Le parc des volcans : le Kilauea et la Chain of Craters Road
C'est le premier sommet du voyage, et il se mérite par la patience plus que par l'effort. Le parc national de Hawaiʻi Volcanoes protège deux volcans actifs, dont le Kilauea, l'un des plus surveillés de la planète. Au bord de sa caldeira, la vue plonge dans l'immense cratère de l'Halemaʻumaʻu, ce puits d'où monte en permanence un panache de gaz. Quand une éruption est en cours au sommet, la scène bascule à la nuit tombée : la lueur de la lave embrase le fond du cratère et se reflète sur le panache. C'est gratuit, silencieux, et l'on n'oublie pas.
De là part la Chain of Craters Road, l'une des plus belles routes qui soient. Elle descend en lacets depuis le sommet jusqu'à l'océan, plus de mille mètres plus bas, en traversant d'anciennes coulées durcies, noires, luisantes, cordées comme du chocolat figé. En bas, la route s'arrête net là où une coulée l'a un jour recouverte, face à l'arche de Holei battue par le ressac. On marche un peu sur la lave, on écoute le vent, et l'on prend la mesure d'une île qui se fabrique encore sous nos pieds.
Volcans en direct : où en est l'éruption
Soyons honnêtes sur un point qui décide beaucoup de séjours : personne ne peut vous promettre de la lave. Le Kilauea fonctionne par épisodes. Il s'anime, s'arrête, repart des semaines plus tard, parfois au sommet, parfois ailleurs. Certains voyageurs tombent sur des fontaines de lave spectaculaires, d'autres sur un cratère calme qui ne fume que doucement. Les deux sont le vrai visage du volcan, et aucune agence ne commande le calendrier.
Le bon réflexe est de consulter l'observatoire volcanologique hawaïen de l'USGS, qui publie l'état d'activité au jour le jour, cartes et webcams à l'appui. On y voit avant de partir si une éruption est en cours et où. Sur place, les rangers du parc affichent les zones ouvertes et les meilleurs points de vue du moment, car ils changent avec l'activité. En clair : gardez de la souplesse dans votre programme autour du parc, et si la lueur est annoncée un soir, tout le reste peut attendre.
Le sud : Punalu'u, South Point et la baie de Kealakekua
On quitte les hauteurs pour la pointe sud de l'île, la plus sauvage. Première halte, Punalu'u : une plage de sable noir volcanique, bordée de cocotiers, où de grandes tortues vertes viennent se chauffer au soleil sur le rivage. On les regarde de loin, on ne les touche pas, on les laisse tranquilles : elles sont protégées, et c'est leur salon. Le contraste du noir du sable, du vert des palmes et des carapaces luisantes est saisissant.
Un peu plus loin, une piste mène à South Point, le point le plus au sud des cinquante États, un cap balayé par un vent constant où l'océan cogne les falaises. De là, une longue marche conduit à Papakolea, l'une des rares plages de sable vert au monde, teintée par l'olivine des roches. En remontant vers Kona, on referme la boucle par la baie de Kealakekua, en contrebas du village de Captain Cook accroché à la pente. Un obélisque blanc, planté au bord de l'eau et accessible surtout par la mer, marque l'endroit où le navigateur mourut en 1779, tué sur ce rivage au retour d'un voyage. Ce sanctuaire marin aux eaux transparentes révèle au tuba des fonds de corail et de poissons parmi les plus riches de l'île. C'est une belle dernière image de Big Island avant de rendre la voiture.
Le saut à Maui : l'avion, la voiture et la réservation Haleakala
Fin du premier mouvement. On rend la voiture à Kona et l'on prend un vol inter-îles vers Kahului, sur Maui : une quarantaine de minutes en l'air, plusieurs départs par jour, une formalité que les Hawaïens vivent comme nous un trajet de bus. On voyage léger, on enregistre peu, et l'on garde une marge le jour du vol : ce n'est pas le moment de courir.
À l'arrivée, on reloue une voiture à l'aéroport de Kahului. C'est un contrat distinct de celui de Big Island : prévoyez-le à la réservation, un aller simple d'île à île n'existe pas chez les loueurs. Reste la formalité qui compte vraiment, à régler avant même de partir : le lever de soleil au sommet du Haleakala se mérite sur réservation. L'entrée du parc entre trois et sept heures du matin exige un billet horodaté acheté sur recreation.gov, en nombre limité, ouvert à la vente environ deux mois à l'avance et souvent épuisé en quelques minutes. Un second lot se libère quarante-huit heures avant. Sans ce billet, on ne monte pas voir le jour se lever. Bloquez-le dès que vos dates sont sûres, le reste de Maui s'organise autour.
Maui : la route de Hana et le lever du soleil sur Haleakala
Maui tient en deux images fortes, et l'on prend le temps de les vivre. La première, c'est la route de Hana. Depuis Paia, elle serpente sur la côte nord-est dans la jungle, environ six cents virages et une cinquantaine de ponts à voie unique, entre cascades, plages de sable rouge et criques de sable noir. Le secret est de ne pas viser Hana comme une destination : le village au bout n'est qu'un prétexte. Le voyage, c'est la route elle-même, ses arrêts, ses bassins où l'on se baigne, ses marchands de fruits au bord du bitume. On roule au pas, on cède le passage sur les ponts, et l'on prévoit la journée entière.
La seconde image est le climax de tout le séjour, et l'on garde exprès l'ascension de côté cerclé sur la carte pour la fin. Bien avant l'aube, on grimpe la route du Haleakala, ce volcan endormi qui culmine à plus de trois mille mètres. On sort de la voiture dans un froid mordant, on s'emmitoufle, et l'on attend au bord d'un cratère lunaire immense. Puis le ciel rosit, la mer de nuages s'embrase en dessous, et le soleil se lève au-dessus de l'océan comme d'un autre monde. Sur les pentes de cendre pousse un être vivant qu'on ne voit nulle part ailleurs : l'argyroxiphium, le silversword hawaïen, boule d'épines argentées qui fleurit une seule fois dans sa vie, puis meurt. C'est là, dans ce froid et cette lumière, que le voyage trouve sa dernière image.
Quand partir, et quel budget
Hawaii se visite toute l'année, la latitude tropicale lisse les saisons. La vraie différence tient à la pluie et à la fréquentation. La saison sèche, d'avril à octobre, offre le ciel le plus fiable, y compris sur la côte humide de Hilo. L'hiver, de novembre à mars, est plus arrosé et plus houleux, mais c'est la saison des baleines à bosse, nombreuses dans le canal entre Maui et Big Island, et l'occasion de voir de la neige coiffer le Mauna Kea pendant qu'on se baigne en contrebas. Les pics de foule et de prix tombent autour de Noël, de la relâche de printemps et de l'été.
Côté budget, Hawaii n'est pas une destination bon marché, et deux postes pèsent lourd. L'hébergement d'abord, surtout sur les côtes touristiques et en haute saison : réserver tôt reste le meilleur levier, et nos deux camps de base par île évitent de multiplier les nuits d'hôtel. Le transport ensuite : deux locations de voiture, le vol inter-îles, et un carburant plus cher qu'ailleurs aux États-Unis. Les entrées de parcs et la réservation du Haleakala, elles, restent modestes. Nous donnons des ordres de grandeur : bâtissez votre budget sur des devis récents, les tarifs des îles bougent vite.
Les parcs nationaux de ce road trip
Les variantes du circuit
Version courte, Big Island seule. Pas dix jours devant vous ? Le tour de Big Island se tient en cinq à six jours et forme déjà un voyage complet, du café de Kona aux volcans. On garde alors la voiture pour la boucle et l'on oublie l'avion : Maui attendra le prochain séjour.
Version deux îles serrée. Une semaine, mais l'envie des deux mondes ? On concentre Big Island sur Kona, Hilo et le parc des volcans en quatre jours, puis on file trois jours à Maui pour la route de Hana et le Haleakala. La dramaturgie tient, à condition de renoncer au sud et de ne pas courir.
Variante Oahu, pour qui atterrit à Honolulu. Beaucoup de vols internationaux se posent d'abord sur Oahu. Plutôt qu'une simple correspondance, on peut y voler deux ou trois jours : le mémorial de Pearl Harbor, les rouleaux mythiques de la North Shore et la ville de Honolulu forment un prologue à part entière avant de rejoindre Big Island ou Maui par un second vol inter-îles.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour visiter Hawaii en road trip ?
Comptez dix à douze jours pour ce circuit : sept à huit jours pour le tour de Big Island et ses volcans, trois à quatre pour l'escale à Maui. En une semaine, concentrez-vous sur une seule île ou sur les temps forts des deux.
Faut-il vraiment prendre l'avion entre les îles ?
Oui, il n'y a pas de pont ni de ferry de voiture entre Big Island et Maui. Le vol inter-îles dure une quarantaine de minutes, avec plusieurs départs par jour. On rend la voiture d'un côté et l'on en reloue une de l'autre : deux contrats distincts, à prévoir dès la réservation.
Comment réserver le lever de soleil à Haleakala ?
L'entrée au sommet du Haleakala entre trois et sept heures du matin exige un billet horodaté sur recreation.gov. Il se vend en nombre limité environ deux mois à l'avance, et part vite. Un second lot se libère quarante-huit heures avant. Bloquez-le dès que vos dates sont fixées.
Verra-t-on de la lave couler dans le parc des volcans ?
Peut-être, personne ne peut le garantir. Le Kilauea entre en éruption par épisodes, imprévisibles. Consultez l'observatoire volcanologique de l'USGS avant et pendant le séjour pour connaître l'activité du moment, et gardez de la souplesse : si la lueur est annoncée un soir, tout le reste attend.
Quelle île choisir si on n'en fait qu'une ?
Big Island, sans hésiter, pour un premier voyage tourné vers la nature : elle réunit à elle seule les volcans actifs, deux climats, le sable noir, le sable vert et les grands espaces. Maui apporte la route de Hana et le lever de soleil sur le Haleakala, un second mouvement plus court, à garder pour le jour où l'on revient.